L’homme à l’oreille croquée

Note d’intentions du réalisateur

Pour un réalisateur, la rencontre avec un texte est loin d’être évidente. Si nombre de romans font naître le désir d’un film, peu résistent à une attention poussée au-delà de la première lecture. Non pas que le hiatus entre écriture romanesque et scénaristique est de facto trop marqué pour que le passage de l’une à l’autre soit aisément visible et envisageable, mais tout simplement parce qu’il est rare de découvrir, derrière le plaisir de la lecture, un accord profond entre un texte qui n’est pas le sien et ses préoccupations les plus intimes. Oui, ce lien précieux est rare, et à tort ou à raison, il me semble indispensable à toute adaptation, au point d’en incarner le cœur même.

J’ignore encore sur quoi se fonde exactement mon accord profond entre “L’homme à l’Oreille Croquée” et le coeur intime de mon travail, mais le roman de Jean-Bernard Pouy mêle des thèmes et des figures qui me parlent immédiatement. Dans cette toute première ébauche de travail, nous nous sommes attachés, Joachim Lepastier et moi-même, à les développer, les transposer, quelque fois (rarement) à les laisser de côté ou radicalement les transformer.

L’histoire de Jonathan et Marie-Claude est celle de l’adolescence qui heurte l’existence des enfants comme un train fou lâché en pleine nature. Celle, non pas de la perte de l’innocence, mais de la découverte de la vie dans ce qu’elle a de plus directement et charnellement brutale. C’est l’histoire de l’amour qui se dévoile, au sens le plus large et le plus violent du terme, mais qui, encore trop fragile et trop insaisissable, ne parvient pas à se donner. Rien ne sera possible entre Jonathan, l’adolescent renfermé et déterminé, buté et audacieux, et Marie-Claude, la toute jeune fille, tout juste jeune femme, déjà blessée et si vivante, déjà fuyante et en même temps si libre. On le sait. Ente eux, rien ne sera possible, mais tout sera vécu.

Leur histoire emprunte les chemins du road movie, du polar et du suspens. Leur rencontre flirte avec la nonchalance, l’abandon, l’ennui même, et la violence pure, la fuite en avant, la course à perdre haleine… Ce sont les enfants que Lang appelait “Les amants de la nuit” et à qui Malick ouvrait “La ballade sauvage ”.

Nous avons pleinement conscience que notre texte est encore bien loin de ces illustres aînés, mais – et c’est le sens profond qui nous importe – nous avons envie qu’ils battent du même cœur.

Christophe Blanc

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